Dimanche 10 octobre 2021

Je viens de mater Dikkenek. ça fait du bien! Il est temps de mettre les bouts. Sous peine de sombrer dans la mélancolie bretonne, ce qui n'est pas bon signe. Me voilà vacciné, c'est pas par conviction. Mais je n'ai aucune conviction ni aucun honneur. Ne vous arrêtez pas dans ma cave, ça craint. Le golf de Gascogne qui m'attend, voilà qui a de quoi me réjouir.

Anaelle et Rémi sont partis vendredi. On se reverra sans doute, vu qu'on va au même endroit, à peu près. La 1ère destination, c'est la Galice. La Costa do muerte!

départ
Anaelle et Rémi




Mercredi 13 octobre 2021

52 h depuis l'embouchure de la Vilaine jusqu'à La Corogne! Pas mal! Le bateau est vraiment plus rapide. J'ai eu l'occasion de prendre pleinement confiance dans l'état du bateau lors de l'arrivée vers le cap Ortegal. Pendant 5 h, j'ai eu entre 30 et 39 noeuds de vent et des déferlentes qui s'invitent sur le bateau. Record du bateau 12.1 noeuds! Mais ça veut rien dire dans ces conditions. Du coup, j'avais le temps de pousser jusqu'à Camarinas avant la nuit. Un peu de casse sur le bateau mais c'est normal.

Aujourd'hui, je vais aller me poser à Muxia, petite marina de l'autre coté de la baie, histoire de visiter ce coté et peut-être trouver un taquet coinceur explosé dans la bataille.

deferlente
animé


camarinas
lever du jour sur Camarinas




Mercredi 20 octobre 2021

Il s'en passe des choses en Galice, la moitié d'Arzal est dans le coin.

muxia
Muxia


course
100 litres à l'heure


esquilo
esquilo


"Voyager, c'est bien utile. ça fait travailler l'imagination."
Une journée comme les autres depuis 10 jours que j'ai quitté Arzal. C'est à dire, exceptionnelle. Depuis le passage du cap Ortegal et ses 40 nœuds, les anges sont venus me visiter. Stéphane, Denis, Sacha, Anaelle, Marion, Rémi, Mahel, Marco, Mathieu... N'en jetez plus, la cour est pleine...
Il va falloir calmer le jeu parce que, à ce rythme là, y'a moyen d'y perdre ses certitudes misanthropes. Y'en a pas un pour racheter l'autre. Tous exceptionnels, on fait quoi avec ça.
Moi, au départ, je partais avec l'idée d'un monde de merde. J'étais élevé pour ça. Ok, on va faire comme ça. Et là, Bim! Pas moyen d'y couper : Tous plus humains les uns que le autres.
D'accord, mais à quel moment on trahit... Bah non. Juste des gens biens.

Je repars de Baiona après 5 jours d'escale avec Marion et Maher, 2 jeunes géologues qui ont commencé leur voyage à Arzal aussi mais sur le bateau d'un psychopathe. Du coup, ils ont profité d'un stop à Vigo pour prendre leur sac et venir me rejoindre à Baiona. Nous voilà donc en route pour Lisbonne probablement.

remi
Rémi



Samedi 23 octobre 2021

geologues
Marion et Maher


belem
Tour Belem à Lisbonne


J'ai bien fait de fermer mes comptes facebook et twitter, ça commençait sérieusement à entamer mes capacités à l'écrit. J'ai corrigé mes fautes d'orthographes (voire pire) et me suis promis d'être plus vigilent à l'avenir.

Me voici donc amarré au Doca Alcantara à Lisbonne. En ce samedi matin, je constate que le portugais navigue. Enfin celui qui a la thune pour avoir un bateau. On est fin octobre, dehors il y a 15-20 noeuds de vent et ils sont là, de bon matin, à rompre la monotonie d'une semaine sans relief par temps de pandémie en s'activant sur de beaux voiliers jusqu'au dimanche soir.

Je pense souvent à Fred en ce moment, quand j'entends parler portugais. A Régis aussi, qui n'a retenu que la musique de cette langue mais qui la chante si bien.

Praça São Paulo à Lisbonne. Une petite bière, des cacahuètes, je suis posé. Tranquille. Ici ça picole sans l'ombre d'un doute. C'est sur, c'est pas idéal pour le teint mais ça rend les choses agréables. De toutes façons on est pas au cap vert, la beauté n'est pas la 1ère qualité des portugais. Et puis au final, la déco finit toujours par se barrer en sucette. Autant que ce soit dans la joie et la bonne humeur... je sais pas pourquoi mais ça me fait penser à Nico.
Il y a quelque chose d'absurde dans le voyage, comme une quête infinie en attendant la mort. En fait, c'est pas plus débile que de planter des radis. C'est juste qu'il devient plus évident qu'on a perdu quelques illusions. C'est pas plus mal. Fini le grand soir, oubliés le projets d'avenir. Juste le présent. Les sourires et le partage, ça suffit comme projet. Le reste s'est perdu dans la brume. Tous ces gens autour, parfois je les imagine enfants. Ils ont changé c'est certain. Mais des fois, ils ont encore une petite lumière sur le visage, une envie de jouer, qui donne le sentiment qu'on peut encore rattraper le coup. Bon parfois, comme hier soir dans un passage sous terrain, 3 zombies allongés sur des cartons, défoncés au crack dans l'odeur de pisse, on doute encore un peu.
Je termine ma bière et je reprends le court des choses, Barrio Alto, je vais rejoindre mon couple de sereins géologues (très rare comme espece). On ira picoler histoire de voir si on trouve l'entrée du terrier.

praca
Praca San Paulo


Mercredi 27octobre 2021

capstvincent
Le cap St Vincent


21h00. Il reste 26 milles à parcourir pour arriver à Cadix.
Le tambour de l’enrouleur de génois viens de donner des signes de fatigue. En clair, c’est de la merdasse. Un petit chantier qui m’attend à Cadix.
3 verres de Bordeaux supérieur plus tard, tout va bien. Le serin-géologue n’est guerre porté sur la picole. En mer du moins. Pas grave, je suis ni un piaf, ni même amateur de cailloux. Je suis fait de bois qui flotte mais ne coule pas. Putrescible à souhait mais dont on fait les arcs et les guitares. Et je n’ai besoin de personne…
En fait, si. Ça sera plus cool quand Sacha sera à bord. C’est à dire vendredi.
Sacha et Florent vont nous rejoindre à Cadix. Et Sacha, il est pas d’hier. Il a mille ans le gars. Comme Roisin, comme Tristan… Le genre de guide vers des contrées mal connues. Une sorte d’escalier pour le paradis. C’est une drôle de sensation de croiser, et c’est pas la 1ère fois, des âmes apparues plus récemment sur terre mais venant du fin-fond du cosmos. Peut-être je les attire. Ou bien je les vois un peu mieux, elles brillent dans ma nuit.
Je suis tellement prêt pour ce nouveau voyage, c’est juste un bonheur. Plus d’attente, plus d’appréhension, plus de stress. Juste les sens aiguisés comme jamais pour ressentir les choses, voir la mer.
Mes amis me manquent surtout par l’envie que j’ai de partager ça avec eux. Ils sont dans mes rêves mais c’est pas racontable. La nuit dernière, j’étais avec Caro. En tout bien tout honneur, Charles !
Demain, je m’en vais retrouver la belle de Cadix, celle qui a des yeux de velours mais qui ne veut pas d’un amant. On verra. Il ne faut jamais dire jamais et puis l’auteur de cette affirmation était un pédé notoire avec l’accent basque. Ma mère n’a jamais voulut l’admettre mais c’est comme ça.

cadix
Cadix


Jeudi 4 Novembre 2021

Je suis au large de Casablanca. Il est 20h40 à bord et le bateau avance franchement, direction Porto Santo à Madère.
Nous y serons probablement samedi dans la journée.
Nous c’est un équipage de 6 personnes, moi compris, une limite déjà éprouvée mais une limite quand même. Nous avons embarqué Marco à Cadix. Il cherchait un bateau pour plus loin et tant que j’y étais, je me suis dit que ça changerait pas grand-chose…
Parmi eux, 2 bretons super cool. Et pêcheurs accomplis. Ce soir c’était dorade coryphène en cevice au menu. Tant qu’il y a du poisson non plombé à la cyguatoxine, j’en profite.
Coté navigation, c’est animé. Je me dis depuis le départ que les guignols de la COP26 devraient venir faire un tour sur Lullaby pour comprendre que la Gaia, elle en a un peu plein le cul de nos conneries et qu’il n’est plus l’heure de discuter. Conséquence immédiate sur un voilier, c’est qu’il vaut mieux être prêt à subir les grondements d’Eole. Cet enfoiré doit avoir un chat dans la gorge ou des envies de chants lyrique parce que il a tendance à pousser la note régulièrement. Dans le golf, j’ai pris jusqu’à 40 nœuds pendant une dizaine d’heures et depuis, il ne se passe pas un trajet sans son moment avec les 30 nœuds d’usage. Heureusement, Lullaby et moi, nous sommes prêts. Ça fait plaisir d’avoir le bon outil.

equipage
Scène de pêche


Samedi 6 novembre

Il est 7h UTC et le soleil se lève dans 1/2h. Le ciel fait déjà son petit spectacle. Les nuages essaient tant bien que mal d’avoir l’air menaçant à la faveur du manque de lumière mais ça ne prend pas. En vrai, ils sont juste des bulles de coton toutes joufflues que le soleil ne tardera pas à démasquer.
Toujours la même allure sur Lullaby, on sera à Porto Santo ce soir mais trop tard pour éviter une arrivée de nuit.
La mutation en marin se confirme. Ce matin, j’ai l’impression d’être à la maison, de prendre mon café seul parce que je me lève tôt, juste avant que le monde s’éveille. Je suis bien. Je pense à la journée qui m’attend. Et puis j’ai un éclair de réalisme en voyant derrière la jupe de Lullaby une belle vague de 3m, devant, les voiles en ciseau, l’anémomètre affiche 21 nœuds de vent apparent au 150 et on marche à 7.6 nœuds. C’est ça ma vie aujourd’hui. Bien sur il y a quelques manques.
Marie me manque. Mes amis que j’aime tout autant, de Rixensart à La Réole et d’Arcachon à Sarlat, ma croix divine, pas celle où on agrafe un gars bien sous prétexte qu’il a les cheveux longs. Après, j’ai quand même mon nécessaire de voyage sur moi, en terme de racines terriennes. J’emmène toujours mon Matthieu portable et mes Julien et Tristan sont fixés solidement dans mon crane depuis toujours, c’est plus pratique.
Ça y est. La lumière divine apparaît à l’est. Le soleil vient de se lever, encore une belle journée… Monde de merde! J’étais presque poète et me voilà homme-sandwich. Quand même, le lever de soleil sur l’eau, ça vaut le bitume tout bleu où la bécane est en train de cramer, celle de Renaud.

portosanto
Port de Porto Santo


Dimanche 7 novembre

Mouillage à Porto Santo. On est arrivé hier soir vers minuit et demi pour faire le mouillage dans le port de Porto Santo avec des rafales à 40 nœuds dans le port et des bateaux partout. On apprend tous les jours…
C’est pas mal de se poser un peu. 2/3 de l’équipage a débarqué et je reste à bord avec Florent, tranquille. Ça tombe bien parce que la nuit a été courte avec des arrivées toute la nuit et le vent qui hurle dans les haubans. Le jour où j’ai équipé le bateau de cette ligne de mouillage, j’ai pas perdu mon temps. Nickel !



Mercredi 17 novembre

sirene
Sirène à Funchal


Voilà 5 semaines que je suis parti de Bretagne et demain matin, nous arriverons à Las Palmas sur Gran Canaria.
Il faut croire que le canarien peut être sujet à l'ennui. En tous cas les opérateurs radio d'ici, c’est certain. Toutes les demi-heures ils se sentent obligés d'envoyer un message d'alerte pour annoncer qu'ils sont bien en veille sur tous les canaux du coin. Du coup, impossible de poursuivre mon rêve inavouable, j’ai même fini par éteindre la radio et me voilà à 1h du mat, a écrire mes bêtises, seul sur le pont.
C'est le moment de parler de l'équipage actuel.
Pour parler de Marion et Maher, on commence toujours par dire qu'ils sont adorables. C'est vrai. Bien sûr, ça cache quelque chose,  comme toujours. Ils sont adorables mais... mais trop. Pas moyen de leur arracher le moindre sarcasme, la moindre dérision. En plus c'est sans alcool. J'ai parfois l'impression d'être en classe verte. N'empêche,  ça se passe bien avec eux. Pas d'humeurs non plus, ce qui est appréciable sur un bateau.
Marc, lui, il doit gérer une 1ère expérience en bateau, ce qui n'est pas forcément évident et il s'en sort bien compte tenu des conditions qui n'ont pas toujours été très calmes. Je vois bien qu'il pourrait avoir emporté une certaine poisse avec lui mais rien de dramatique pour le moment. Il a quand même réussi à s'enrhumer à Madère,  c'est original.
Clément,  c'est un peu un cliché du jeune architecte, soigné, bavard et éloquent. Mais c'est plus compliqué que ça. C'est aussi un surfeur de Morgat passionné de pêche qu'il pratique en solo sur son bateau près de la baie des trépassés et qui écoute des podcast de France culture parlant d'Epithete ou de Nietzsche. ça calme.
Enfin Sacha, c'est Sacha. Groisillon un peu surdoué. Son bateau l'attend en Bretagne pour aller à Stockholm et en attendant, il se fait une expérience sur une transat. Quand on s'est rencontré à Muxia, on à su immédiatement qu'on avait des points communs. C'est avec lui que je partage les affaires maritimes. Et Kaamelott aussi. Je suis déjà invité à participer aux championnats du monde de godille que j'espère bien gagner, juste compensation d'une formation initiale à la voile dont certains détails m'échappent mais qu'un psy, pas trop escroc, en ranimerait le souvenir sans trop de difficultés. J'avais 12 ans.

equipage
L'équipage sous spi


Nous voilà donc aux Canaries. J'y ai déjà passé pas mal de temps ces dernières années. Marie, Matthieu, Sébastien, Trim m'y ont rejoint par moment. Je reverrai peut-être Julie, Raphael et la petite Gaia qui doit avoir 5 ans maintenant. J'ai toujours son dessin exposé dans le carré, pas loin du bateau en boîte d'oeuf que Loup m'a offert.
Tout le petit monde va quitter progressivement le bord et je m'occuperai des petits détails à régler pour accueillir Sebastien et Michel pour la transat. Un bon moment qui se prépare.
Je suis allé me coucher finalement.  2 heures. Le temps suffisant pour un joli rêve avec plein de monde. Les lamo en particulier et Ronan en tête. Et aussi Jean est venu me voir, me parler gentiment du temps jadis. Je lui ai dit : « vous vous rendez compte, ça fait bientôt 35 ans ! ». Il me croyait pas. « Bah si », je lui ai répondu en désignant Julien. Visiblement le temps n'avait plus la même valeur pour lui. Joli rêve.