Dimanche 10 octobre 2021

Je viens de mater Dikkenek. ça fait du bien! Il est temps de mettre les bouts. Sous peine de sombrer dans la mélancolie bretonne, ce qui n'est pas bon signe. Me voilà vacciné, c'est pas par conviction. Mais je n'ai aucune conviction ni aucun honneur. Ne vous arrêtez pas dans ma cave, ça craint. Le golf de Gascogne qui m'attend, voilà qui a de quoi me réjouir.

Anaelle et Rémi sont partis vendredi. On se reverra sans doute, vu qu'on va au même endroit, à peu près. La 1ère destination, c'est la Galice. La Costa do muerte!

départ
Anaelle et Rémi




Mercredi 13 octobre 2021

52 h depuis l'embouchure de la Vilaine jusqu'à La Corogne! Pas mal! Le bateau est vraiment plus rapide. J'ai eu l'occasion de prendre pleinement confiance dans l'état du bateau lors de l'arrivée vers le cap Ortegal. Pendant 5 h, j'ai eu entre 30 et 39 noeuds de vent et des déferlentes qui s'invitent sur le bateau. Record du bateau 12.1 noeuds! Mais ça veut rien dire dans ces conditions. Du coup, j'avais le temps de pousser jusqu'à Camarinas avant la nuit. Un peu de casse sur le bateau mais c'est normal.

Aujourd'hui, je vais aller me poser à Muxia, petite marina de l'autre coté de la baie, histoire de visiter ce coté et peut-être trouver un taquet coinceur explosé dans la bataille.

deferlente
animé


camarinas
lever du jour sur Camarinas




Mercredi 20 octobre 2021

Il s'en passe des choses en Galice, la moitié d'Arzal est dans le coin.

muxia
Muxia


course
100 litres à l'heure


esquilo
esquilo


"Voyager, c'est bien utile. ça fait travailler l'imagination."
Une journée comme les autres depuis 10 jours que j'ai quitté Arzal. C'est à dire, exceptionnelle. Depuis le passage du cap Ortegal et ses 40 nœuds, les anges sont venus me visiter. Stéphane, Denis, Sacha, Anaelle, Marion, Rémi, Mahel, Marco, Mathieu... N'en jetez plus, la cour est pleine...
Il va falloir calmer le jeu parce que, à ce rythme là, y'a moyen d'y perdre ses certitudes misanthropes. Y'en a pas un pour racheter l'autre. Tous exceptionnels, on fait quoi avec ça.
Moi, au départ, je partais avec l'idée d'un monde de merde. J'étais élevé pour ça. Ok, on va faire comme ça. Et là, Bim! Pas moyen d'y couper : Tous plus humains les uns que le autres.
D'accord, mais à quel moment on trahit... Bah non. Juste des gens biens.

Je repars de Baiona après 5 jours d'escale avec Marion et Maher, 2 jeunes géologues qui ont commencé leur voyage à Arzal aussi mais sur le bateau d'un psychopathe. Du coup, ils ont profité d'un stop à Vigo pour prendre leur sac et venir me rejoindre à Baiona. Nous voilà donc en route pour Lisbonne probablement.

remi
Rémi



Samedi 23 octobre 2021

geologues
Marion et Maher


belem
Tour Belem à Lisbonne


J'ai bien fait de fermer mes comptes facebook et twitter, ça commençait sérieusement à entamer mes capacités à l'écrit. J'ai corrigé mes fautes d'orthographes (voire pire) et me suis promis d'être plus vigilent à l'avenir.

Me voici donc amarré au Doca Alcantara à Lisbonne. En ce samedi matin, je constate que le portugais navigue. Enfin celui qui a la thune pour avoir un bateau. On est fin octobre, dehors il y a 15-20 noeuds de vent et ils sont là, de bon matin, à rompre la monotonie d'une semaine sans relief par temps de pandémie en s'activant sur de beaux voiliers jusqu'au dimanche soir.

Je pense souvent à Fred en ce moment, quand j'entends parler portugais. A Régis aussi, qui n'a retenu que la musique de cette langue mais qui la chante si bien.

Praça São Paulo à Lisbonne. Une petite bière, des cacahuètes, je suis posé. Tranquille. Ici ça picole sans l'ombre d'un doute. C'est sur, c'est pas idéal pour le teint mais ça rend les choses agréables. De toutes façons on est pas au cap vert, la beauté n'est pas la 1ère qualité des portugais. Et puis au final, la déco finit toujours par se barrer en sucette. Autant que ce soit dans la joie et la bonne humeur... je sais pas pourquoi mais ça me fait penser à Nico.
Il y a quelque chose d'absurde dans le voyage, comme une quête infinie en attendant la mort. En fait, c'est pas plus débile que de planter des radis. C'est juste qu'il devient plus évident qu'on a perdu quelques illusions. C'est pas plus mal. Fini le grand soir, oubliés le projets d'avenir. Juste le présent. Les sourires et le partage, ça suffit comme projet. Le reste s'est perdu dans la brume. Tous ces gens autour, parfois je les imagine enfants. Ils ont changé c'est certain. Mais des fois, ils ont encore une petite lumière sur le visage, une envie de jouer, qui donne le sentiment qu'on peut encore rattraper le coup. Bon parfois, comme hier soir dans un passage sous terrain, 3 zombies allongés sur des cartons, défoncés au crack dans l'odeur de pisse, on doute encore un peu.
Je termine ma bière et je reprends le court des choses, Barrio Alto, je vais rejoindre mon couple de sereins géologues (très rare comme espece). On ira picoler histoire de voir si on trouve l'entrée du terrier.

praca
Praca San Paulo


Mercredi 27octobre 2021

capstvincent
Le cap St Vincent


21h00. Il reste 26 milles à parcourir pour arriver à Cadix.
Le tambour de l’enrouleur de génois viens de donner des signes de fatigue. En clair, c’est de la merdasse. Un petit chantier qui m’attend à Cadix.
3 verres de Bordeaux supérieur plus tard, tout va bien. Le serin-géologue n’est guerre porté sur la picole. En mer du moins. Pas grave, je suis ni un piaf, ni même amateur de cailloux. Je suis fait de bois qui flotte mais ne coule pas. Putrescible à souhait mais dont on fait les arcs et les guitares. Et je n’ai besoin de personne…
En fait, si. Ça sera plus cool quand Sacha sera à bord. C’est à dire vendredi.
Sacha et Florent vont nous rejoindre à Cadix. Et Sacha, il est pas d’hier. Il a mille ans le gars. Comme Roisin, comme Tristan… Le genre de guide vers des contrées mal connues. Une sorte d’escalier pour le paradis. C’est une drôle de sensation de croiser, et c’est pas la 1ère fois, des âmes apparues plus récemment sur terre mais venant du fin-fond du cosmos. Peut-être je les attire. Ou bien je les vois un peu mieux, elles brillent dans ma nuit.
Je suis tellement prêt pour ce nouveau voyage, c’est juste un bonheur. Plus d’attente, plus d’appréhension, plus de stress. Juste les sens aiguisés comme jamais pour ressentir les choses, voir la mer.
Mes amis me manquent surtout par l’envie que j’ai de partager ça avec eux. Ils sont dans mes rêves mais c’est pas racontable. La nuit dernière, j’étais avec Caro. En tout bien tout honneur, Charles !
Demain, je m’en vais retrouver la belle de Cadix, celle qui a des yeux de velours mais qui ne veut pas d’un amant. On verra. Il ne faut jamais dire jamais et puis l’auteur de cette affirmation était un pédé notoire avec l’accent basque. Ma mère n’a jamais voulut l’admettre mais c’est comme ça.

cadix
Cadix


Jeudi 4 Novembre 2021

Je suis au large de Casablanca. Il est 20h40 à bord et le bateau avance franchement, direction Porto Santo à Madère.
Nous y serons probablement samedi dans la journée.
Nous c’est un équipage de 6 personnes, moi compris, une limite déjà éprouvée mais une limite quand même. Nous avons embarqué Marco à Cadix. Il cherchait un bateau pour plus loin et tant que j’y étais, je me suis dit que ça changerait pas grand-chose…
Parmi eux, 2 bretons super cool. Et pêcheurs accomplis. Ce soir c’était dorade coryphène en cevice au menu. Tant qu’il y a du poisson non plombé à la cyguatoxine, j’en profite.
Coté navigation, c’est animé. Je me dis depuis le départ que les guignols de la COP26 devraient venir faire un tour sur Lullaby pour comprendre que la Gaia, elle en a un peu plein le cul de nos conneries et qu’il n’est plus l’heure de discuter. Conséquence immédiate sur un voilier, c’est qu’il vaut mieux être prêt à subir les grondements d’Eole. Cet enfoiré doit avoir un chat dans la gorge ou des envies de chants lyrique parce que il a tendance à pousser la note régulièrement. Dans le golf, j’ai pris jusqu’à 40 nœuds pendant une dizaine d’heures et depuis, il ne se passe pas un trajet sans son moment avec les 30 nœuds d’usage. Heureusement, Lullaby et moi, nous sommes prêts. Ça fait plaisir d’avoir le bon outil.

equipage
Scène de pêche


Samedi 6 novembre

Il est 7h UTC et le soleil se lève dans 1/2h. Le ciel fait déjà son petit spectacle. Les nuages essaient tant bien que mal d’avoir l’air menaçant à la faveur du manque de lumière mais ça ne prend pas. En vrai, ils sont juste des bulles de coton toutes joufflues que le soleil ne tardera pas à démasquer.
Toujours la même allure sur Lullaby, on sera à Porto Santo ce soir mais trop tard pour éviter une arrivée de nuit.
La mutation en marin se confirme. Ce matin, j’ai l’impression d’être à la maison, de prendre mon café seul parce que je me lève tôt, juste avant que le monde s’éveille. Je suis bien. Je pense à la journée qui m’attend. Et puis j’ai un éclair de réalisme en voyant derrière la jupe de Lullaby une belle vague de 3m, devant, les voiles en ciseau, l’anémomètre affiche 21 nœuds de vent apparent au 150 et on marche à 7.6 nœuds. C’est ça ma vie aujourd’hui. Bien sur il y a quelques manques.
Marie me manque. Mes amis que j’aime tout autant, de Rixensart à La Réole et d’Arcachon à Sarlat, ma croix divine, pas celle où on agrafe un gars bien sous prétexte qu’il a les cheveux longs. Après, j’ai quand même mon nécessaire de voyage sur moi, en terme de racines terriennes. J’emmène toujours mon Matthieu portable et mes Julien et Tristan sont fixés solidement dans mon crane depuis toujours, c’est plus pratique.
Ça y est. La lumière divine apparaît à l’est. Le soleil vient de se lever, encore une belle journée… Monde de merde! J’étais presque poète et me voilà homme-sandwich. Quand même, le lever de soleil sur l’eau, ça vaut le bitume tout bleu où la bécane est en train de cramer, celle de Renaud.

portosanto
Port de Porto Santo


Dimanche 7 novembre

Mouillage à Porto Santo. On est arrivé hier soir vers minuit et demi pour faire le mouillage dans le port de Porto Santo avec des rafales à 40 nœuds dans le port et des bateaux partout. On apprend tous les jours…
C’est pas mal de se poser un peu. 2/3 de l’équipage a débarqué et je reste à bord avec Florent, tranquille. Ça tombe bien parce que la nuit a été courte avec des arrivées toute la nuit et le vent qui hurle dans les haubans. Le jour où j’ai équipé le bateau de cette ligne de mouillage, j’ai pas perdu mon temps. Nickel !



Mercredi 17 novembre

sirene
Sirène à Funchal


Voilà 5 semaines que je suis parti de Bretagne et demain matin, nous arriverons à Las Palmas sur Gran Canaria.
Il faut croire que le canarien peut être sujet à l'ennui. En tous cas les opérateurs radio d'ici, c’est certain. Toutes les demi-heures ils se sentent obligés d'envoyer un message d'alerte pour annoncer qu'ils sont bien en veille sur tous les canaux du coin. Du coup, impossible de poursuivre mon rêve inavouable, j’ai même fini par éteindre la radio et me voilà à 1h du mat, a écrire mes bêtises, seul sur le pont.
C'est le moment de parler de l'équipage actuel.
Pour parler de Marion et Maher, on commence toujours par dire qu'ils sont adorables. C'est vrai. Bien sûr, ça cache quelque chose,  comme toujours. Ils sont adorables mais... mais trop. Pas moyen de leur arracher le moindre sarcasme, la moindre dérision. En plus c'est sans alcool. J'ai parfois l'impression d'être en classe verte. N'empêche,  ça se passe bien avec eux. Pas d'humeurs non plus, ce qui est appréciable sur un bateau.
Marc, lui, il doit gérer une 1ère expérience en bateau, ce qui n'est pas forcément évident et il s'en sort bien compte tenu des conditions qui n'ont pas toujours été très calmes. Je vois bien qu'il pourrait avoir emporté une certaine poisse avec lui mais rien de dramatique pour le moment. Il a quand même réussi à s'enrhumer à Madère,  c'est original.
Clément,  c'est un peu un cliché du jeune architecte, soigné, bavard et éloquent. Mais c'est plus compliqué que ça. C'est aussi un surfeur de Morgat passionné de pêche qu'il pratique en solo sur son bateau près de la baie des trépassés et qui écoute des podcast de France culture parlant d'Epithete ou de Nietzsche. ça calme.
Enfin Sacha, c'est Sacha. Groisillon un peu surdoué. Son bateau l'attend en Bretagne pour aller à Stockholm et en attendant, il se fait une expérience sur une transat. Quand on s'est rencontré à Muxia, on à su immédiatement qu'on avait des points communs. C'est avec lui que je partage les affaires maritimes. Et Kaamelott aussi. Je suis déjà invité à participer aux championnats du monde de godille que j'espère bien gagner, juste compensation d'une formation initiale à la voile dont certains détails m'échappent mais qu'un psy, pas trop escroc, en ranimerait le souvenir sans trop de difficultés. J'avais 12 ans.

equipage
L'équipage sous spi


Nous voilà donc aux Canaries. J'y ai déjà passé pas mal de temps ces dernières années. Marie, Matthieu, Sébastien, Trim m'y ont rejoint par moment. Je reverrai peut-être Julie, Raphael et la petite Gaia qui doit avoir 5 ans maintenant. J'ai toujours son dessin exposé dans le carré, pas loin du bateau en boîte d'oeuf que Loup m'a offert.
Tout le petit monde va quitter progressivement le bord et je m'occuperai des petits détails à régler pour accueillir Sebastien et Michel pour la transat. Un bon moment qui se prépare.
Je suis allé me coucher finalement.  2 heures. Le temps suffisant pour un joli rêve avec plein de monde. Les lamo en particulier et Ronan en tête. Et aussi Jean est venu me voir, me parler gentiment du temps jadis. Je lui ai dit : « vous vous rendez compte, ça fait bientôt 35 ans ! ». Il me croyait pas. « Bah si », je lui ai répondu en désignant Julien. Visiblement le temps n'avait plus la même valeur pour lui. Joli rêve. 

Lundi 6 décembre 2021

Cette journée commence un peu bizarrement. La faute au temps un peu perturbé en ce moment et à une mauvaise nuit.
5 jours que je suis au mouillage à la Graciosa en compagnie de Anaelle et Rémi sur leur bateau au mouillage tout près du mien. Je vais bientôt partir et les laisser pour de bon. Nous étions voisins de ponton à Arzal et je suis parti 2 jours après eux. Depuis nous nous sommes croisés en Galice puis à Madère et enfin ici. Je les aime bien. Rémi est très bon pédagogue pour ce qui concerne le wing foil et Anaelle, je suis un peu amoureux d’elle évidemment, je ne change pas.
En tous cas, on a passé de bons moments ensemble. C’est le moment de passer à autre chose pour moi, ne pas rester tanké là pour de mauvaises raisons et poursuivre ce voyage qui n’en est qu’à son début.
Dès que le temps le permet, je lève l’ancre pour redescendre les îles des Canaries jusqu’à Tenerife et retrouver Sébastien et Michel. Il faut bien admettre que les conditions se dégradent régulièrement, d’année en année. Je suis passé de nombreuses fois aux Canaries depuis 2015, j’y suis même resté 9 mois de l’été 2018 au printemps 2019. Cette année, le temps est particulièrement perturbé. C’est bon pour la confiance dans le bateau et le mouillage mais un peu inquiétant pour la suite et ceux qui vivent dans des régions exposées. C’est le 4ème mouillage que je fait avec plus de 30 nœuds de vent, ça parle un peu.

wingfoil
wingfoil


mouillage
mouillage


Mardi 7 décembre 2021

Ce soir c’est apéro !
Je suis parti ce matin de la Graciosa pour rejoindre possiblement Arrecife dans la journée, histoire de me mettre à l’abri du coup de vent qui arrive jeudi mais c’est pas possible. Pas de place ! Trop de cons qui ont trop d’argent et des bateaux qui pourrissent sur les pontons. Du coup, je poursuis mon saut de puce pour retourner à Gran Tarajal. J’aime vraiment bien l’endroit.
Le problème avec Lullaby, c’est qu’avec ses voiles neuves, son hélice de compet’ et sa carène de sirène, je n’arrête pas de chercher les freins. Histoire de ne pas arriver à 4h du mat’. Donc, j’ai roulé le génois, pris 2 ris dans la grand’voile et malgré ça, on avance à 4 nœuds… En revanche, dans cette configuration, point n’est besoin de se concentrer sur la marche du bateau. Et du coup, j’ai craqué sur la dernière bouteille de bordeaux que j’avais à bord, un Lanessan 2015 de toute beauté. Lullaby connaît la route et moi il faut que j’oublie Anaëlle…
C’est le début de la descente vers Tenerife. Un petit arrêt au stand à Gran Tarajal pour laisser passer le coup de vent de jeudi et ce week-end, je rejoins San Miguel au sud du Teide. J’y retrouverai peut-être Stéphane sur Esquilo. Il commence à perdre patience avec ses amis belges et il aimerait bien qu’on se retrouve là-bas. Moi aussi.
Je suis là, à l’est de Lanzarote, la nuit est tombée, et je me dis que ça peut paraître absurde. C’est pas faux ! Mais pas plus que le souvenir que j’ai de ma vie de responsable informatique à Bordeaux. Ici, l’intérêt de la situation, c’est de se poser sans ambage la question du sens de sa vie. En clair, qu’est-ce que je fous là ? Et bizarrement, la réponse est plus évidente qu’il n’y paraît. En tous cas bien plus évidente que dans un bureau au 7ème étage à Bordeaux. Ici, j’intègre bien mieux mon insignifiance dans l’univers. Les éléments, la flotte, le vent, même les dauphins me montrent sans détour que je ne suis qu’un grain de poussière dans un tout quasi infini. Autant dire que ça m’aide carrément à ne pas croire à mes envolées lyriques, même si j’ai un certain talent pour ça.
N’empêche que je continuerai à jouer mon meilleur rôle, parce que ça m’amuse déjà, et puis que c’est fait sans méchanceté…
Dans 1 semaine, normalement, Sébastien et Michel vont me rejoindre pour cette transat que je leur souhaite à la hauteur de ma première, en 2015. J’ai eu beaucoup de chance pour ma 1ère de partager cette « aventure » avec mes garçons. Combien de parents ont la chance de rencontrer leur enfants ? Je veux dire, les adultes qu’ils sont. Et, coup de bol, c’est des gars biens. Mes parents par exemple n’ont jamais eu la moindre idée de qui je suis. C’est pas grave. Mais en vrai, c’est plutôt cool de savoir que peut-être, mes enfants, je les connais un peu mieux.
« C’est pas pour défendre la p’tite, mais il tabasse le rouquin » - Kaamelott.
Faudrait peut-être que je lève le pied maintenant, parce que j’aime bien écrire quand je picole, mais ça me donne soif…
Je pense à Sacha qui a rejoint son île de Groix ce week-end. Je ne sais pas si je vais rentrer l’été prochain ou si je me lance dans quelque chose de plus ambitieux mais si je suis en Bretagne l’été prochain, j’ai un merveilleux anniversaire qui m’attend à Port Lay, Au championnat du monde et des environs de godille. J’ai dit que je voulais, que j’allais le gagner. Normal ! Faut bien les provoquer les groisillons, sinon ils nous prennent pour des pompes...

godille
La Godille


Mardi 21 décembre 2021

Une journée d’incertitude.
Sébastien a emporté un téléphone irridium. Du coup, sa douce comme celle de Michel s’attendent à avoir des news régulièrement. Seulement voilà, depuis hier, ce putain de téléphone ne se connecte plus au réseau de satellites. Et c’est le drame. Je comprends que ce soucis technique se transforme en une sourde angoisse de faire naître une réelle inquiétude à terre du fait qu’il n’y a plus de moyen de joindre qui que ce soit alors qu’on est supposé avoir un téléphone satellite.
Donc, la matinée s’est passée en conjecture pour savoir comment remédier à ce problème. Après avoir étudié les diverses options, qui ne sont pas nombreuses, nous décidons de mettre le cap vers le Cap-Vert, que nous pouvons rejoindre en 4 jours, afin de trouver du réseau GSM et de rassurer les femmes de marins. Par ailleurs, Sébastien décide d’ouvrir l’appareil récalcitrant pour tenter de fixer un éventuel problème sur l’antenne. Au bout d’une heure, la bête est ventre à l’air et bingo, le fil d’antenne est cassé. S’ensuit une tentative délicate pour effectuer une soudure à l’étain sur un fil coaxial fin comme un cheveu. Et miracle, après une tentative infructueuse, la deuxième est couronnée de succès et le téléphone se connecte à nouveau. Le tout nous à occupé 4 heures mais l’incroyable se produit, ils peuvent tous les deux appeler leur épouse et prévenir que tout silence radio ne sera désormais dû qu’au manque de fiabilité du téléphone irridium.
C’est gagné ! Nous mettons à nouveau cap sur les Antilles et ce bonheur n’arrive pas seul puisque le vent nous permet de filer à plus de 7 nœuds en route directe.
Moralité, je me félicite d’avoir toujours refusé d’avoir un téléphone satellite à bord.

Sur Esquilo le jour du départ
Esquilo


Samedi 25 décembre 2021

Il est 7h UTC et je viens de voir le Père Noël passer dans le ciel, il avait l’air pressé, il fonçait vers l’Afrique pour distribuer ce qui lui reste, 2-3 merdes au fond du sac, aux enfants africains. Toujours pareil, être né quelque-part… Ou peut-être c’était une étoile filante.
On avance bien sur la route directe, 7 nœuds en moyenne dans une mer tout à fait présentable. C’est cool. Si tout se passe bien, dans moins de 2 semaines, on arrivera à Gwada. Je suis content pour Sébastien et Michel. Cette transat est bien agréable, avec des choix à faire sur la route pour contourner une grosse zone sans vent au nord. Et pour le moment, pas besoin de réduire la toile, d’où les moyennes élevées.
Ça fait 7 jours qu’on a quitté Tenerife et l’ambiance est toujours détendue. En bateau, je sais d’expérience que tout le monde a le réflexe de maintenir une entente maximale parce que y’a pas moyen de s’échapper. Du coup, on prend soin de la sensibilité de l’autre et ça roule tout seul. Une leçon à retenir à terre.
En ce jour de Noël, notre cadeau, c’est une dorade coryphène pêchée à 11h30 qui nous fera le repas du jour et probablement un autre demain. Si les conditions se maintiennent jusqu’au bout, ce sera la transat du confort avec quelques options à négocier pour apporter une touche de réflexion et des paysages à contempler sur un bateau qui ne peine pas. L’idéal.

poisson
Poisson volant


Dimanche 26 décembre 2021

J’ai du mal avec le décalage vers l’ouest, je me lève de plus en plus tôt. 5H45 ce matin. C’est pas mal en fait. Moment de solitude improvisé. Les nouvelles de Christophe (par téléphone irridium) sont claires. Il faut absolument éviter d’aller tout droit vers Gwada sous peine de tomber dans la molle tant redoutée. Du coup, on rallonge un peu le chemin en mettant pas mal de sud dans la route. Le point visé est par 12° nord, on se rapproche du pot-aux-noirs… Cette 3ème transat est-ouest est particulière sur le plan météo. L’anticyclone des Açores a des envie de sud lui aussi et nous repousse vers l’équateur. Au final, on va probablement faire 3000 MN pour rejoindre Gwada.

sebastien
Sébastien


Dimanche 2 janvier 2021

Hier soir, on est passé sous la barre des 1000 MN de Pointe-à-Pître. L’arrivée peut raisonnablement être envisagée pour le week-end prochain. Le vent commence à se stabiliser entre 10 et 15 nœuds ENE et nous permet de faire route directe à 6-7 nœuds. On a pêché ce matin une bonite à dos rayé de bonne taille qui va nous permettre d’améliorer 2 repas. Ça commence à sentir la fin de cette transat particulière avec plus de 3000 MN parcourus et un vent jamais au-dessus de 20 nœuds. L’ambiance reste tout à fait agréable et on sait maintenant que ce sera le cas jusqu’à l’arrivée. Après, on aura une petite semaine à 5 pour aller faire un tour à Marie Galante ou aux Saintes et ensuite, je reprendrai mon voyage. Reste à savoir si Tristan et Chloé vont venir ici. On verra ça à Gwada…

Peche
Pêche


Jeudi 6 janvier 2022

5h41 heure de Pointe-à-Pître, c’est tôt mais j’aime bien voir le jour se lever. Il reste en gros 300 MN à parcourir, soit 2x24h, la place à Bas-du-Fort est réservée pour samedi, ça sent la fin de cette transat. Je crois que Michel et surtout Sébastien ont bien apprécié cette traversée. Faut dire que c’est pas banal de parcourir plus de 3000 MN pour rallier la Guadeloupe depuis les Canaries, et ce en une vingtaine de jours en envoyant le spi 2 jours sur 3. Le routage de Christophe, ex-beau frère de Sébastien, nous a aidé à contourner une zone sans vent grande comme 2 fois la France en plein sur la route directe. Résultat, il a fallut partir vers la Mauritanie dans un 1er temps puis passer près du Cap-Vert pour ensuite descendre à 13° sud, 3° plus au sud que la Guadeloupe, pour enfin pouvoir faire route directe vers Pointe-à-Pître. Une traversée animée donc.
Par ailleurs, l’avitaillement organisé par mes amis a été presque parfait. Certes, on a terminé l’alcool présent à bord pour le réveillon du 31 et depuis c’est abstinence… Mais à part ça, nickel. On a même fait une cure de poisson tant la pêche a été fructueuse : 3 ou 4 dorades coryphènes, idem en bonites thonides. À chaque fois des poissons donnant 1 ou 2 kg de filet ! On a même raté quelques autres spécimen plus gros et probablement un thon de belle taille qui est reparti avec un joli piercing…

spi
Sous spi au coucher de soleil


Dimanche 16 janvier 2022

Je viens de relire le récit précédent de la transat et je me dis que les faits sont là mais l’essentiel n’y est pas. L’essentiel c’est qu’après une semaine de ballade aux Saintes et à Marie Galante avec mes équipiers et leurs compagnes, j’en ai gros ! Sébastien, c’est mon ami, mais il a trop à faire à se débattre avec ses démons. Ce ne sont pas les miens. Les compagnes, c’est compliqué. Entre l’une au bord du gouffre, ce qui peut se comprendre, et l’autre toujours aussi enjouée à l’idée de faire chier son mari, y’a pas de quoi parler de sérénité. Enfin, heureusement, Michel est égal à lui-même et resté tel que je l’ai connu il y a longtemps. Bien sur, nous ne sommes pas pareils mais c’est justement ce qui est intéressant. Son humour me ravi et le respect est quelque-chose d’ancré en lui. Merci Michel d’avoir été là.
Tout ce petit monde a quitté le bord hier soir et je reprends mon voyage en compagnie de Léa. Nous partons aujourd’hui pour la Martinique rejoindre Pierre-Luc. Autre ambiance…

dominique
La Dominique vue de Marie Galante


Samedi 19 février 2022

1 mois que j’ai quitté la Guadeloupe
Nous sommes passés, Léa et moi, devant Portmouth sans nous arrêter pour cause de protocole à la con et avons rejoint la Martinique. Nous en avons même fait le tour avec une étape dans la baie des trésors où nous avons retrouvé Manon et Marcel sur Ti Odara avec leur équipière, Lucy, qui avait fait la transat avec Léa.

tresors
Lullaby au mouillage dans la baie des trésors


3 semaines avec Léa en Martinique, c’était cool. Son truc, c’est le bateau, c’est clair. On se reverra sans doute sur l’eau.

Et puis Tristan et Chloé sont arrivés. Les évidences n’ont pas besoin d’explication et les 10 jours passés avec eux ont été parfaits. Je pense qu’ils ont fait un bon break, sans leurs enfants et avec le soleil des Antilles. De quoi rentrer en Bretagne en pleine forme pour le printemps naissant.

diamant
Le Diamant


tortue
Tortue à Grande Anse


stpierre
Photo de groupe après la montagne pelée


Maintenant, je reprends le voyage en solitaire ou du moins, je commence à envisager la suite : Grenada, la Colombie... Ce n'est pas exactement pour tout de suite parce que j'ai 2 ou 3 choses à faire avant ça. Rendre visite à Claudia et Dominique à Sainte-Anne. Je les ai connus il y a 2 ans, en Dominique et j'ai retrouvé Dominique par hasard lors de notre passage furtif à Sainte-Anne. Ensuite, on va sans doute aller faire un tour avec Sandra et Pierre-Luc vers les Grenadines, on verra bien si c'était une bonne idée... Pierre-Luc, comme tous les Lamo, est pétrit de paradoxes. Peut-être plus que les autres quand-même. Mais jusqu'ici, tout s'est bien passé à peu de choses près. Et puis ce serait dommage qu'ils ne profitent pas de mon passage pour aller visiter les Grenadines en bateau.

poulet
Pierre-Luc


Dimanche 6 mars 2022

« between a hard place and a wall »
Tiens, ce soir je me dis, pourquoi ne pas prendre quelques news de la vielle Europe? Pourquoi pas ?
Eh bas, déjà, parce que c’est tout pourri. Quelque part, ça joue.
Ensuite parce que le plus récent représentant de cette vielle Europe que j’ai croisé ces temps-ci, à part moi, c’est Pierre-Luc Lamoliatte. Autant dire qu’on est pas sorti du sable. Je plaisante…
Aujourd’hui, Dennis Meadows vient de publier un papier, ou du moins on vient de le faire parler sur le sujet qui occupa toute sa vie : « Limits to Growth » ça s’appelait comme ça en 1972. Depuis, je ne doute pas que le gars, comme ses collègues, ont dû tâter de la téquilla ou de quelque chose d’approchant, toujours est-t-il que 50 ans plus tard, malgré l’Ukraine et sa prostate, le copain Dennis se met à réfléchir… Et qu’est-ce qu’il se dit l’ami Dennis, sirotant son cocktail ananas et rum-punch? Eh bah, c’est simple ! C’est plié ! Mais c’est pas grave! « Amusez-vous ! Foutez-vous de tout, la vie est si belle,ế-ế-ế-êlle... »
Bon, en vrai, le mec il a le même âge que la reine Elisabeth. On peut comprendre… Mais il a pas tord. Le tout c’est de vivre les choses en douceur. C’est pas la première fois qu’on fait de la merde.
Enfin je crois
Du coup, le mieux, c’est peut-être de faire avec ce qu’on est. Qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre de toute façon? Le jour où on saura rester à notre place, on aura fait un pas en avant, à défaut d’un pas de coté.

dog
Un pas de coté


Vendredi 25 mars 2022

Quand foyalais...
Je me demande comment ça se passe sur le vieux continent pour s’aérer les poumons vu comment ça souffle ici, les alizés du nord-est, depuis des semaines. Il ne doit plus rester grand-chose à respirer et je ne parle pas de l’odeur de charogne qui doit régner en cette période électorale. Vive Jacques Mayol !
Du coup, ce trop plein d’air à respirer aux Antilles m’a permit de croiser le virus à mon tour. Voilà qui est fait. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas connu ça, 39.3° le matin. Mais bon, c’est passé et ça me donne la possibilité d’avoir une attestation qui va peut-être me faciliter la tâche pour la suite.
La suite, c’est quoi déjà ? La suite c’est de quitter les Antilles une bonne fois pour toutes et d’aller à Carthagène en Colombie. Le danger aux Antilles, c’est de rester tanké là pour l’éternité. C’est arrivé à d’autres. Faut pas que j’oublie que si je vis sur un bateau, c’est pas pour l’espace et le confort mais bien parce que ça me permet de me déplacer sur l’eau. Alors déplaçons-nous !
D’après ce que j’ai pu apprendre à droite à gauche à propos de Carthagène, ça a l’air plutôt cool et la procédure d’entrée ne semble pas trop casse bonbons. Bien sur, la langue officielle est l’espagnol et c’est pas l’option que j’avais prise au bac… Mais bon, j’ai bien réussi à vivre 9 mois aux Canaries alors y’a pas de raison de s’inquiéter. Et puis je vais peut-être retrouver Roisin, ma Dame du lac née à Madrid.
Hier soir, j’ai passé un bon moment à la Bodega des 3 Illets. Établissement tenu par un breton et accueillant des bretons, c’est pas mal. J’étais avec un capitaine d’armes du nom d’Alex, originaire de la Rochelle lui mais dans la marine depuis 23 ans, autant dire qu’il connaît mieux Brest et Lorient que moi. Ce mec est drôle et désabusé comme un marin qui va quitter la Marine dans 3 mois. Retour en Charente maritime pour lui, il va y débuter une activité autour des tiny houses, c’est à la mode. J’ai pas voulu lui casser le moral avec les tracasseries administratives qui l’attendent mais je lui ai quand même conseillé de se diversifier en proposant des tiny abri anti-atomiques à enterrer dans son jardin, ça se voit même pas sur google map, rien à craindre avec le cadastre…
Je vais m’intéresser à la procédure d’entrée en Colombie ce week-end et lundi, je file à Fort-de-France pour faire un test sérologique et avitailler le bateau pour un départ dans la semaine. Faut que j’achète des US dollars, c’est comme ça dans la région. On a beau s’isoler sur les mers, on est pas pour autant épargné par la connerie du monde.
Me voilà prêt ! Demain jeudi, je lève l’ancre et c’est parti. Cap au 260 sur 900 milles nautiques. Je quitte l’anse Mitan avec un nouveau compagnon offert par Sandra et Pierre-Luc. Un mignon cendrier qui remplacera le précédent cendrier offert par Marine et qui gît au fond de la mer Caraïbe, aux Grenadines exactement. Un geste malheureux de Pierre de Quimper...

mignon
Mignon


Vendredi 1er avril 2022

6 jours en mer caraïbe
Il est 7h du matin, heure de là où je suis. Je suis parti hier matin de la baie de Fort-de-France. Je savais qu’il y aurait du vent, fallait pas être devin, ni même le fils naturel d’Alain Gillo-pétré, ça fait 1 mois et demi que ça souffle. Je navigue donc avec 2 ris et le génois à 50 % tangoné en ciseau, plein vent-arrière cap au 260 vers le Cabo de la vella en Colombie. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est l’état de la mer Caraïbe. Ici, c’est comme dans le labo de physique où on fait passer des photons par 2 fentes voisines pour constater les interférences à l’arrivée. Sauf que des fentes, y’en a mille. Tous les canaux entre les îles de l’arc antillais sont autant de fentes à travers lesquelles vient s’engouffrer la houle de l’atlantique. Résultat, c’est le bordel ! Le bateau fait des embardées de malade au gré des montagnes liquides qui lui arrivent par l’arrière, un coup à droite, un coup à gauche, sans aucune logique que celle du chaos. Je suis bien content d’être seul sur ce trajet parce que moi je savais où je mettais les pieds.
Cela dit, à cette allure portante, la mer ne me ralentit pas, loin de là. Je suis partit pour une distance de plus de 160 milles sur ces 1ère 24H. Ça traîne pas. 163 milles exactement !

Samedi 2 avril 2022
Je viens d’ouvrir une Goudale. La journée se termine, je suis à 175 milles au nord de Caracas, un peu plus de 300 km, et comme au bon vieux temps, je bois une Goudale que j’ai trouvée dans une grande surface en Martinique avant de partir. Ça fait du bien ! Du coup, quelques souvenirs me reviennent en mémoire, le Sabor y Son avec Matthieu, il y a 4 ans déjà. Putain, j’ai fait du chemin depuis cette époque. 3 traversées de l’atlantique, 9 mois aux Canaries et tant de gens rencontrés. On se plaint qu’il ne se passe rien en bateau, c’est vrai. Il ne se passe rien de ce qui occupait ma vie de terrien. En navigation, les heures passent sans but précis, un oiseau de mer plane au dessus des vagues repérant son potentiel repas. Le bateau avance sur son cap. En vrai, c’est là qu’il se passe beaucoup de choses. Je file vers Cartagène en Colombie. Je pense à ces gens que je vais rencontrer, à cette ville chargée d’histoire, à mon niveau désolant en espagnol…
5 oiseaux magnifiques passent sur l’arrière, blancs avec le bout des ailes noirs, comme les fou de bassant. La mer, avant d’être un volume, c’est surtout une surface infinie. Pas toujours bien plane localement mais rigoureusement horizontale sur 360°. Comme un sas de décompression entre les mondes qu’elle relie. 5 jours en mer Caraïbe depuis la Martinique avant d’apercevoir les côtes colombiennes, lundi très certainement. Le temps de figer ces presque 3 mois aux Antilles dans le passé pour aller vers un présent vierge de tout souvenir.
Plus je me rapproche de ma destination, plus je mesure mon insignifiance dans le monde, pour mon plus grand bonheur. Je vais vers un endroit que je ne connais pas et qui m’ignore absolument, empruntant une route quasi déserte et où les êtres qui vivent là n’ont ni passé, ni avenir (ça c’est certain), juste un présent dans lequel leur seule et unique occupation est d’être en harmonie avec leur milieu. Il est loin le temps où je m’agitais sans cesse pour me convaincre que j’existais. La vie dans nos villes d’occident est un non-sens absolu. La seule issue qu’elle nous laisse est une mort accidentelle, anormale, tant nous sommes éloignés de notre nature intrinsèque. Quel sens peut-on donner à la volonté de pouvoir et de domination des hommes à mesure qu’ils vieillissent. C’est absurde. La postérité ? Voilà bien un concept humain. Tu es fait d’atomes qui apparurent il y a 4 milliards d’année et tu n’en retiens que la dernière centaine ! Pour ce qui est de l’humain, l’évolution nous a doté d’une faculté de faire le bien et le mal, d’une conscience. Nous en usons, en abusons mais n’oublions pas qu’il s’agit là d’une anomalie, d’un hasard. Nous sommes un phénomène éphémère qui ne tardera pas à disparaître. Autant essayer de faire le meilleur usage de cette particularité.

Dimanche 3 avril 2022
2 ti-punch et tout va mieux. Cet après-midi, j’ai doublé l’île d’Aruba à 20 milles sur babord. Je n’ai rien vu. Mais les Antilles Neerlandaise ont accouché d’un paquebot à l’heure de l’apéro. Le Nieuw Statendam, paquebot de 300m qui file vers les Etats-Unis. La première manifestation du monde depuis mon départ de Martinique. J’adore ces moments où l’imagination s’embale dans ce désert liquide comme on dit. Un bonheur n’arrivant jamais seul, va savoir pourquoi, c’est un cargo de 100m que je vais croiser dans 1/2h. Industrial Confidence ! Bien, le nom ! On sent qu’il y a du brain storming derrière tout ça. Autre « évènement » de la journée, j’ai fouillé le reste de bibliothèque que j’ai sur le bateau et j’y ai déniché un polar curieux : « Le bassin broie du noir », laissé là par mes amis avec lesquels j’ai traversé l’océan en décembre. Je commence la lecture et ça me distrait correctement. Mais peu à peu, un personnage apparaît, tout à fait sympathique, qui présente quelques points communs avec mon ami. En fait, c’est lui ! Merde ! qu’est-ce que c’est que cette tisane ! C’est le Ku-Klux-Klan ou bien ! Du coup, je vais poursuivre cette lecture inattendue avec intérêt.
Sinon, j’ai réduit un peu la toile parce que 8 nœuds de moyenne, c’est pas raisonnable.On verra demain matin si le record de distance du bateau est battu.

Mardi 5 avril 2022
Il est 20h28 sur le bateau, donc 0h28 UTC et je-ne-sais-pas-et-j’en-ai-rien-a-foutre en Colombie. Toujours est-il que demain matin, à l’aube, je rentre dans la baie de Cartagene. Merde !ça me parle un peu quand même. Je suis un trouillard né, je suis français. Mais par un effet du hasard, me voilà au large de Baranquilla à 60 milles de l’entrée de la baie de Cartagene. Mon 1er contact avec les Colombiens a eu lieu cet après-midi. Je marche à 7.5 nœuds vent-arrière et je surveille les cargos nombreux en approche de Baranquilla. Soudain, je vois sur ma route une embarcation non identifiée. Je vois des gars faire des signes en ma direction. Je pense un instant qu’il s’agit d’un voilier démâté et je bondis sur la VHF pour en savoir plus. Mais pas le temps d’attendre un message. À cette vitesse, j’arrive bientôt sur eux. Ils me font des signes pour que je dévie ma route vers le large. Je m’exécute à la barre et je comprends rapidement qu’ils sont en pêche et que ma route va croiser leur filet. Du coup, j’ai bien fait de suivre leurs indications. Ils m’en remercie chaleureusement à grands signes de la mains. Dommage qu’on ait pas eu l’occasion de boire une bière ensemble ce soir. Mais celle que j’ai bue, c’est à leur santé.
On m’a tellement dit du bien des colombiens que ça pourrait faire une escale durable.

Mercredi 6 avril 2022
Voilà 2h que j'attends l'officier de l'immigration qui doit me permettre de me balader librement à Cartagene. Il semble qu'ici, les choses prennent un certain temps. Il faut vraiment que je commence à parler espagnol. Sinon, ça va être compliqué de faire quoi que ce soit.
Roisin à quitté la ville il y a 2 jours, c'est con. Elle me propose de venir la rejoindre dans un bled vers le sud... je sais pas. Je vais déjà me poser ici pour voir un peu.
Ce que je n'avais pas anticipé, c'est la chaleur et l'humidité qu'on trouve ici. Putain, ça rend pas courageux. Ça explique sans doute le temps que ça prends de faire son entrée officielle en Colombie. Sinon les gens ont l'air gentils.
Après un petit tour pour aller chercher des pesos en attendant que mes 2 amis (Nicole, l’agent et le militaire qui doit être son oncle ou quelque chose comme ça) reviennent avec mon passeport tamponné, je me rends compte que d’une part, je leur ai fait une confiance aveugle et que d’autre part, la procédure décrite dans les livres est loin d’être respectée. On m’a fait un prix à 40€ (???) qui ne correspond à rien de connu. On m’avait parlé et j’avais lu que l’agent prenait entre 60 et 100 US$. J’attends une heure de plus sur le ponton principal du Club Nautico en me demandant si je reverrai un jour mon passeport quand soudain, Nicole déplace ses 100kg vers moi et me tend ledit passeport avec un beau visa Colombien. La douane, l’immigration, tout ça, c’est walou ! Tant mieux mais quand même, j’ai beau avoir une certaine phobie administrative, je sens bien qu’ici le mieux c’est d’avoir les poches bourrées de pesos ou mieux de US$ que d’avoir les conseils aux voyageurs du site des affaires étrangères…
Demain, c’est parti. 2 missions : trouver une carte sim locale qui me permette de naviguer sur le net à moins de 18€/Mo et éventuellement faire réparer l’écran fissuré de mon téléphone qui s’est mis à furieusement déconner depuis que le taux d’humidité a dépassé les 80 %. ça devrait pas être difficile avec le magot que j’ai en poche, 200 000 pesos, on se croirait dans « Le bon, la brute et le truand ». En vrai, ça fait 52€ plus 6€ de frais.

cartagene
Cartagene


10 avril 2022

90 ans après la naissance de mon père

roisin
Roisin


Je commençais à m’inquiéter un peu. Repartir un jour de Colombie avec ce vent et cette mer qui interdisent tout retour à l’est, ça va pas être simple.
Et puis j’ai laissé le bateau à Cartagena, tout seul au mouillage, pendant 2 jours. J’ai risqué ma vie en minibus sur les route de Colombie pour aller vers Monteria, à 5h de Cartagena, et revoir ma dame du lac. Et puis je l’ai vue. Roisin, c’est mon guide. Je sais bien qu’elle a mille ans, on me la fait pas. En tous cas c’est une personne qui compte dans mon petit monde. Ils sont pas très nombreux, de moins en moins, mais toujours plus présents. Roisin, Marie, Matthieu, c’est eux mon monde.
Ça fait du bien de voir Roisin, de l’embrasser. Et d’un coup je sais pourquoi je suis venu jusqu’ici. C’est elle qui m’a guidé, qui m’a rendu capable de venir seul en Colombie. Du coup, tout le reste que je vis ici, c’est cadeau, grâce à elle.
De retour sur le bateau, comme par magie, je découvre que les prévisions de la semaine prochaine sont telles qu’elles ne l’ont pas été depuis des semaines voire des mois. Une ouverture vers l’est sans précédent. Je vais donc pourvoir poursuivre ma route vers Grenada probablement, sans y passer 1 mois comme lors de notre retour aux Antilles depuis le Guatemala avec Matthieu.
Ce qui est intéressant dans cette vie de nomade sur l’eau, c’est de commencer à être capable de vivre sans assurance. J’ai toujours été trouillard, j’ai toujours eu besoin de savoir comment serait demain et après-demain. Et puis avec le temps et guidé par des âmes bien plus fortes, parmi lesquelles il y a toujours eu Julien et Tristan, je n’ai plus peur de vivre dans le présent. Naviguer seul sur un voilier, c’est une mise en pratique. Je sais me servir du bateau mais la mer est ce qu’elle est et n’a que faire de ma présence. Je dois juste être présent et faire ce que j’ai à faire. C’est bien.

16-29 avril 2022

Retour en Martinique

cartagene
Mouillage à Cartagene


Ce soir, au large de Santa Marta au-dessus de laquelle il y a un bel orage, j’ai des idées intéressantes. Le retour en mer Caraïbe contre le vent et la mer, depuis la Colombie vers la Martinique me plaît bien. Le soleil est couché depuis plus d’une heure, j’ai dû réduire la toile pour négocier au mieux les 20 nœuds de NE que j’ai à présent et tout roule. A tel point que me viennent des idées.
Déjà, je ne comprends pas pourquoi je ne m’ennuie plus. Je dis ça doucement parce que la bête est peut-être simplement endormie. Mais quand même ! C’est étrange de constater que le seul endroit où je ne m’ennuie pas, c’est ici, au près, sur le bateau, à scruter le ciel et la gîte pour deviner si ça va bien se passer. Il faut savoir que sur un bateau, quand on navigue, en gros il ne se passe rien. Par moment, on s’agite pour adapter la configuration aux conditions en étant certain de faire un choix que nul autre n’aurait été à même de faire aussi judicieusement. Et puis on se rend compte quelques heures après que seules les qualités intrinsèques du bateau sont à l’origine d’une trajectoire sans encombres. Tout juste peut-on se réjouir d’être capable de se servir de l’engin sans faire trop de conneries.
Mais là n’est pas la question.
Ce qui me réjouis ce soir, c’est d’avoir la sensation, assez physique d’ailleurs, de savoir comment occuper mon temps à venir. Plus je m’éloigne du monde, plus je comprends ce que je dois faire. En corollaire, c’est une des premières fois que je vis au présent. Je n’ai aucune pression, aucune échéance. À la rigueur, la saison des ouragans aux Antilles représente une échéance réelle. Si je dois partir d’ici pour revenir sur le vieux continent, ce sera pas au mois d’août… Mais à part ça, que dalle, nibe, peau de zob, nada. Et donc, ce que je dois faire, ce que je fais d’ailleurs en ce moment, c’est simplement suivre mon instinct, mes envies, sans me soucier des conditions.
Vu la configuration actuelle, je peux imaginer avoir devant moi une dizaine d’années à occuper avant d’être confronté avec une probabilité non négligeable à des restrictions physiques lié à mon âge. C’est pas bandant comme perspective mais c’est comme ça. Comme la pluie à Quimper ou les bouchons porte d’Orléans le dimanche soir. Pas la peine de se prendre le choux avec ça. Mais l’avantage énorme que j’ai à présent, c’est d’être libre, enfin plus libre que je ne l’ai jamais été.
J’ai toujours eu le sentiment d’avoir eu de la chance dans la vie. Peut-être. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout à un moment. Je ne suis pas devenu immortel ! Alors ça va ! Je fais avec ce que j’ai, avec ce que je suis et voilà tout. Le gamin de 6 ans, planqué sous la table à la fin d’un repas de famille dans un appartement du 11ème étage d’une tour de Bagnolet, il partait pas gagnant… Tout le monde bourré, qui gueule à s’en faire péter les veines du cou, ça m’avait pas rendu plus joyeux que ça... C’est quand même à cette même époque que j’ai ressenti une émotion qui ne m’a jamais plus quitté en voyant les tour Mercuriales de la porte de Bagnolet, et les projecteurs au-dessus de l’échangeur. Est-ce bien normal ?
Je m’égare…
Je vais donc poursuivre dans cette voie. Aller où bon me semble. Traverser l’océan pour passer quelques heures avec une personne qui m’est chère, en Colombie ou en Bretagne, peu importe. Je sais maintenant que ceux qui me sont proches, mes enfants, me connaissent mieux que moi. Ils ont au moins 30 ans d’avance sur moi. J’ai le sentiment de ne pas leur avoir fait trop de mal. La preuve, c’est qu’ils m’ont appris un paquasse de choses dans la vie. Merci les gars.
Le truc, ça va être de partager tant que je peux cette « vérité » avec ceux qui me sont chers. En 1er, je pense à Matthieu, mon Jed Martin à moi. Il est le trait d’union entre moi, Marie, Marine peut-être, Nico dans une autre vie et Julien et Tristan qui sont pour moi la preuve que je ne suis pas une mauvaise personne et même que l’homme n’est pas mauvais s’il s’en donne la peine.
Il faudra donc que je lise le tome 2 de nos correspondances, Matthieu et moi. Le tome 1, je l’ai reçu lors d’un moment inoubliable en présence de Marie, sur le bateau, au sec dans un chantier sur les rives de la Garonne. On pleurait tous les 3, Marie, Matthieu et moi. Ce moment-là, c’est cadeau ! Merci Matthieu.
Et donc, je vais revoir Matthieu. On parlera de Roisin…Je pense que j’ai grillé la moitié de mes réserves de clops ce soir. Peut-Importe. L’orage sur Santa Marta est calmé. J’ai abattu de 10° pour rester dans le ton des conditions météo. Dans 2 ou 4h, il faudra virer de bord et partir vers le nord. Pour le reste, on verra demain. Il reste 700 milles à faire avant Fort-de-France. L’alarme radar – MerVeille- vient de retentir. Je dois aller voir de quoi il retourne.

6 jours plus tard...

Si je fais le compte du nombre de conneries que j’ai pu dire ou écrire dans ma vie, ça doit approcher le montant annuel de la fraude fiscale en France. Je savais en partant de Cartagene que le retour au près sur 914 milles exactement, ça n’allait pas se passer tout seul. Et ben voilà ! On y est ! Je suis au nord de Caracas au bout de 8 jours de navigation, il reste 300 milles à remonter pour Fort-de-France seulement voilà, entre le vent, la mer, la coque qui doit plus ressembler au zoo de Vincennes qu’à une piste de Bowling, je n’avance pas. Cet après-midi, j’ai même constaté avec horreur que ma trace après changement d’amure, pour voir si ça serait pas mieux de l’autre coté, repassait exactement sur celle que je suivais avant le virement de bord. Je sais pas, y’a une mauvaise sirène, genre mal-baisée pas contente, qui s’accroche à la quille de Lullaby pour le retenir, c’est pas possible. Du coup, je chasse le moindre 10ème de nœud de VMG pour essayer d’arriver en Martinique pour le 14 juillet ! Ça me donnera l’occasion d’essayer le jeûne pour de bon. Au rythme actuel, il me faut encore 8 jours pour rejoindre la Martinique alors qu’il ne reste que 300 milles. Ça fait 5 jours que je ne fume plus faute de tabac. Niveau réserve de bouffe, ça tombe bien que je n’ai pas des goûts de luxe ni que je sois un gros mangeur, le petit dej’ et 1 repas par jour, ça va. Bon évidemment, il me reste encore 6 canettes de Colombia dorada et surtout 3/4 d’un bouteille de Neysson. Avec ça je vais tenir.
Tout ça me rappelle beaucoup le retour depuis le Guatemala vers Saint-Martin avec Matthieu. C’est vrai que l’ambiance sur la fin commençait à puer du cul mais ça a duré 4 semaines quand même et on a fini avec la ciguatera. Comment avons-nous fait pour ne pas nous entre-tuer ? De chagrin, bien sur… Aujourd’hui, je n’en suis pas là. C’est juste que l’endroit ne se prête pas vraiment aux performances nautiques et que de toutes façon, je n’avais pas pour projet de démontrer mon expertise dans le domaine.
Je crois que la mer Caraïbe, j’ai ma dose. Je vais probablement aller faire un tour en Guyane, à Saint-Laurent du Maroni pour être précis, mais là c’est 600 milles de travers et puis l’avitaillement se fera en Martinique. Parce que c’est pas pour dire mais la Colombie, c’est carrément la merde pour trouver quelque chose de comestible. Plus facile de trouver un jean Pépé ou des lunettes de soleil Armani qu’un mangue, une banane ou un avocat. C’est vrai que c’est plié tout ce bordel et le voyage permet de s’en rendre compte. En Bretagne, on pourrait croire que tout reste possible. Il y a de la bonne volonté et de la bienveillance. Mais en vrai, personne ne changera le cours des choses, c’est plié, ça fait trop longtemps que nous vivons dans l’opulence absurde.

2 h plus tard, Scalou ne croit plus en rien. Avait-il déjà cru en quelque chose d’ailleurs ? Si, peut-être dans le rhum. Toujours-est-il que 2h plus tard, j’ai une VMG de 4.3 nœuds et j’en suis à mon 3ème t-punch Neysson. Quel rapport serait-on tenté de dire ? Je ne sais pas mais force est de constater que plus je picole et plus le vent adonne. C’est pas moi putain ! Donc 2h plus tard, j’ai picolé, j’ai joué et chanté et j’ai écouté Zak Wylde. Du coup j’ai rechanté à m’en faire péter une durite et je suis bien. Ensuite je me suis dis, tiens ! Un petit Closing Time… Je pense à Tristan du coup. C’est vrai que Zakk Wylde et Tom Waits dans la même soirée, y’a moyen de penser à Tristan. Bah ouais, c’est cool…
Bon en fait, j’y comprends rien. Le bateau, il fait ce qu’il veut. Maintenant il a décidé d’aller directement à Fort-de-France. Du coup, la prochaine fois que je croise un voileux qui viens me chanter Ramona, genre peut-être qu’on peut détendre la bordure ou une connerie du genre, putain, je lui crache à la gueule ! Le truc en voile, c’est de croire… Comme en économie, en politique et à l’église. Autant dire que c’est de la merde en barre. Le truc, je vais vous le dire, c’est d’aimer…
Entre Tocqueville et Tarantino
Voilà ce que c’est de naviguer en mer Caraïbe à contre vents et courants. Ça rend nerveux. Genre « nervous breakdown ». Du coup, on s’égare, on lit, on picole aussi. Et puis certaines vérités refont surface.
D’abord, il faut bien dire que la musique, chez Tarantino, c’est pas de la merde. J’ai beau avoir vu ce film 20 fois, « Inglorious bastards », ça rate jamais. « La Féline » de Bowie, ça parle un peu. Et puis Christoph Waltz, je veux pas dire mais...merde ! C’est ça le génie de la comédie.
Donc tout ça pour dire que, y’a 2 ou 3 trucs qui me touchent plus que d’autres.
D’ailleurs, j’ai décidé de me constituer la bibliothèque de l’avenir que j’ai trouvée dans un roman de Sylvain Tesson, « Dans les forêts de sibérie ».

Interruption nautique… C’est vraiment la merde ici. Y’a pas moyen de naviguer en mer Caraîbe
Bon en fait, faut que je me calme, l’endroit est comme ça et pi c’est tout. Trop de perturbations, et pi une mer à 28°, fallait pas rêver. C’est le bordel et puis c’est tout. Pas la peine d’incriminer l’endroit, on est pas dans la longue houle de l’Atlantique et pi c’est tout. « oui mais quand même, virer de bord à 23h après 12 t-punch, ça fait chier ». Bah ouais mais c’est comme ça !
Bon voilà qui est fait.

Donc ! Je suis en plein Tocqueville, « De la démocratie en Amérique ». J’entame le chapître V.

Merde ! Mer-Veille se met à gueuler. Je vais voir de quoi il retourne et je me ressert un petit rhum avant de poursuivre mon propos.

Donc Tocqueville. C’est bigrement intéressant. Ça met des mots sur des impressions que j’avais sans pouvoir prétendre à une quelconque analyse concernant la démocratie américaine. C’est quand même bien de savoir lire…
Sinon, dans mon isolement caribéen, y’a aussi les « Chroniques de l’an 18 » de Isaac Babel, le bien nommé. Je peux pas dire que ça m’a pas plut. Mais pour être franc, le rhum Neysson, je préfère.
Mais il faut bien parler de Yossel Rakover…
Déjà, ça m’a donné envie de parler. C’est déjà pas mal. Normalement, j’ai un fâcheuse tendance à vouloir fermer ma gueule sur ce genre de sujet. Comment dire ? Voilà un point de vue intéressant ! Qu’importe la « réalité » des faits, j’ai quelque-chose à dire à Dieu…
D'accord… Moi c’est Scalou. Tu prends un bière ? On fait comment ? Moi au départ, je suis baptisé puis athée, rapport aux attouchements… Mais on en parlera plus tard de ça. Donc du coup toi, tu t’es adressé à Dieu, dans tes derniers instants depuis le ghetto de Varsaw. Putain ! Ça ! Ça a de la gueule ! Mon gars, je t’adresse mes plus sincère félicitations ! Je dois dire que je n’ai pas ressenti quelque chose d’aussi fort, sincère, vrai, que depuis la pièce qu’on avait monté quand j’avais 14 ans en Normandie. « Mère courage » de Bertold Brecht. Loin de moi tout idée de sarcasme… c’est vrai. Ton « message in a bottle » depuis une cave du Ghetto de Varsovie, il impressionne. Tu t’adresses à Dieu, bordel… c’est pas Joe le clodo.

Le combo gagnant : lire Tocqueville et regarder Fargo. Ça permet de comprendre certaines choses que chez nous on ne comprends pas bien. Plus clair que la Torah en tous cas… Je ne sais pas comment ce gars, Tocqueville, a pu trouver le temps et les moyens d’analyser la démocratie en Amérique. Mais sans conteste, y’a beau geste. Vu ce qu’on en dit, j’aurais tendance à me fier à son analyse, même si elle n’est pas d’hier. Le truc vraiment intéressant, c’est comment il décortique les rouages de cette union d’états. La commune, le comté, le pays et enfin l’état fédéral. Du coup, même si je n’ai pas l’intention de présenter un mémoire sur le sujet, je dois dire que je comprends bien mieux l’ambiance de Fargo et de bien d’autres film américain d’ailleurs.
Putain, ce que je donnerais pour fumer une clope là maintenant ! Plus que 36h et je reprends ma marche forcenée vers la tumeur pulmonaire, le scanner et tout le tremblement. Rien à foutre si c’est pas drôle. J’ai envie de fumer putain ! Je sais bien que c’est pas cool de penser ça. Y’a plein de gens qui ont souffert (tiens ! ça me rappelle quelque chose) et qui ont terminé leur vie en souffrant. Je pense même que peut-être dans 10 ans, 5 ans, je pourrais pleurer pour avoir ma dose de morphine… mais en attendant, ça fait une semaine que je n’ai plus rien à fumer et je me demande encore pourquoi, à chaque fois que je pars en mer pour un certain temps, j’en profite pour organiser ma frustration tabagique. Comme une expérience interdite…

19 mai 2022

papa
Papa


Ça commence comme l’Étranger de Camus.
Aujourd’hui papa est mort.
Moi je suis à 6000 km de là. C’est comme ça.
C’est la fin d’une longue route pour moi. Quelque chose qui me poursuit depuis des années.
Mon père c’est ma mère comme dirait Nico. Il aimait les enfants et il m’a aimé, moi aussi. Il m’a apprit pas mal de chose quand j’étais petit. Je l’ai pas mal gonflé aussi devenu ado, mais pas plus que d’autres en fait.
Et puis j’ai grandit, lui pas trop en fait. Je ne lui en veut pas mais ça m’a pas réjouis outre mesure quand j’ai compris ce que mon père n’était pas. Après c’était sans doute injuste de le tenir pour responsable de ça mais il était mon père quand j’étais petit, alors forcément, ça m’a déçu. Comme dirait quelqu’un que je connais, j’ai pas demandé à vivre, ça c’est certain.
Le voilà donc parti. Nous sommes donc officiellement orphelins mon frère et moi. Qu’est-ce que ça change? Je ne sais pas trop. Sauf que nous sommes en 1ère ligne maintenant. C’est l’ordre des choses et c’est bien comme ça.

22 mai 2022

depart-stpierre
Veille de départ à Saint-Pierre


Demain, c'est le départ. Les conditions sont correctes pour s'élancer vers les Açores. Comme d'habitude, j'ai envie de dire, ça va être le black-out pendant le mois qui vient.
Ce coup-ci, j'ai préparé un peu mieux les choses et j'ai la météo pour les 15 prochains jours, ce qui est déjà pas mal.
Rendez-vous à Velas sur l'île de Sao Jorge, en espérant y être avant la fête de la musique...

Lundi 13juin 2022, version 1

sunset
sunset


Nous sommes à 40 milles au sud de l’île de Pico aux Açores. Demain, c’est l’arrivée sur Terceira. 22 jours de traversée cette fois, c’est 4 jours de moins que les 2 premières fois. Ça reste particulier cette transat retour. Depuis 2-3 jours, les conditions sont telles qu’on peut les imaginer aux Açores avec du vent force 6 et une mer qui commence à être impressionnante. Ça va que je suis en mer depuis 3 semaines parce que comme ça, sans être accoutumé, les vagues qui passent par-dessus le bateau toutes les 2 minutes, ça pourrait foutre les miquettes.
Je pense quelques fois à Moitessier. Sans faire la moindre comparaison avec son aventure, je comprends qu’en solitaire sur l’océan, jours après jours, semaine après semaine, il y a un moment où le but de la navigation perd de son sens. Il se dissout dans la répétition qu’on pourrait croire monotone voire ennuyeuse mais il n’en est rien. Une chose domine toutes les autres dans la tête, c’est le soucis de l’état du bateau. Chaque bruit nouveau est analysé jusqu’à l’identifier à coup sur. Je ne pense jamais qu’il pourrait arriver un catastrophe. Sauf éventuellement un démâtage. Mais ça reste très hypothétique. Comme un spectre qui rôderait autour du bateau. Du coup, ça rend très attentif aux conditions de navigation. Quand ça glisse sans accrocs, sans chocs, au portant, c’est la détente absolue. Mais au près dans 2 mètres de mer courte et nerveuse et 25 nœuds de vent, Neptune passe son temps à donner des grands coups de masse dans la coque et le mât joue les roseaux. Là il faut du temps pour se détendre vraiment.
C’est peut-être ma dernière transat, du moins pour un moment. J’ai des envies d’espace terrestres et je me vois bien dans mon véhicule aménagé façon bateau parcourir le vieux continent. Roisin a fini de me convaincre avec son van de clodo qui a tellement de charme. Et faut bien voir que c’est pas les mêmes budgets que sur un voilier de 41 pieds. Enfin on va voir ça.

Lundi 13juin 2022, version 2

Voilà ! C’est moi Scalou. Je suis là, sur un voilier avec 30° de gite. Il est 19h UTC. au large de l’île Pico aux Açores et je termine mon 2ème T-punch modèle « hombre ». Et là, j’ai envie de dire... Je rigole. C’est quoi la vie au fond, à part cette jolie tartine de merde qu’on nous a réservé. Eh bien je crois que ce qui caractérise le propre de l’homme, c’est de trouver ça marrant. En vrai, on est les seuls à se fendre la gueule parfois. Les dauphins ? C’est du bluff ! On croit qu’ils rigolent mais en vrai, ils se foutent de notre gueule. En attendant, c’est bien nous, les humains, qui allons leur niquer leur biosphère. Alors, « Flippeur », ça te fait toujours marrer ?
Pourquoi je suis là ? Pourquoi je « rentre » quand il y a tant de rhum, de jolies filles et de soleil aux Antilles ou ailleurs sous les tropiques ? Eh bah c’est justement parce que j’ai envie de rigoler. Et vraiment, pour rigoler, il faut faire naître une certaine tension. C’est pas avec un verre de rhum, un joint au bec et un sein dans chaque main que tu peux trouver cette tension. Dramatique… Celle qui résonne en toi. Celle qui fait que tu reconnais tes amis. Pour résumer, PL est le cocotier quand Marine est la pina colada.
Il est 20 UTC. Je viens de renvoyer de la toile. Dans l’heure qui vient, l’île de Pico va apparaître au nord. La lumière est magnifique… Les oiseaux, les dauphins… c’est beau. Ça va me manquer. C’est pour ça que j’écris ces lignes. Pour retrouver cette sensation. On peut pas tout avoir dans la vie.

Mercredi 15 juin 2022

Angra
Angra



Qu’est-ce que c’est que l’honnêteté ? C’est par exemple de conserver ce que tu as écris il y a 2 jours après 3 semaines de mer du rhum en trop grande quantité. Bah oé le gars, mais faut assumer…
Bon, tout ça pour dire que je suis content, ici aux Açores. D’autant que j’ai parlé à Marine cet après-midi. Elle s’apprête à fêter ses 20 ans. Et moi mes 40... Ce serait cool de fêter ça à Beg Meil… Si en plus, on pouvait partager ça avec Caro, et sa progéniture arrivante, ça serait merveilleux.
A part ça, il fait 40° à Bordeaux je crois, et dans 4 jours, en France, les électeurs vont devoir se poser la même question que Maxime le Forestier 50 ans plut tôt : ça sert à quoi tout ça ? Bah moi je vous le dis, j’ai pas la réponse.
Pour ma part, j’ai compris quelque-chose le 11 mai 1981. 2ème prise de conscience de ma vie. Après, tout est allé très vite. Mais ça ne veut pas dire que c’était pas bien. Au contraire !
Mais je m’égare, encore une fois. Ici, à Angra do Heroismo, le soucis, c’est de trouver la fenêtre météo pour voguer « At Home ». Ici, faut pas trop déconner avec ça. T’as vite fait de te trouver dans une situation compliquée, genre mer démontée et vent furieux. Du coup, je télécharge des fichiers météo toutes les 6 heures. Entre temps, si la femme de ma vie se présente sur le ponton, je dis pas…
En attendant, mes voisins de ponton sont des américains de Portland-Oregon. Ils sont cool. Lui, il ressemble à Bruce Willis dans Die Hard 4. J’aime bien en fait. Elle, c’est plus Béatrice Kiddow, si elle avait atteint la 50aine et avait voté républicain au bon moment. Autant dire qu’on est dans la merde, grave. C’est ça les américains qu’on rencontre en bateau. C’est quand même des gens avec lesquels je partage une certaine incertitude à propos du lendemain. Mais ça reste des américains. (cf Alexis de Tocqueville). C’est fascinant.

bambi
Bambi


taureau
Taureau


ponton
Lullaby au ponton


Mardi 21 juin 2022

Je vais partir demain. Les conditions s’arrangent pas mal même si avec 2-3m de houle, ce sera plié pour jouer au mikado. Dans une dizaine de jours, je serai de retour en Bretagne. C’est cool.